Tendances jardin 2027 : la mode des jardins vue par un paysagiste
Tendances jardin 2027 : partout, on annonce le règne des oliviers, des graminées et du jardin sauvage. Mais qu'est-ce qui relève vraiment de la mode, et qu'est-ce qui va durer ? Nous avons posé la question à David Simonson, architecte paysagiste américain installé à Paris, fondateur du studio Simonson Landscape et enseignant à l'École nationale supérieure de paysage de Versailles.
Formé en Californie puis à Versailles, il conçoit depuis plus de dix ans des jardins secs, écologiques et artistiques, de Paris à la Côte d'Azur. Son parcours d'Américain à Paris est raconté dans la série Leaving America de Lindsey Tramuta. Après un été 2026 où la sécheresse a malmené jusqu'aux jardins à la française, il porte un regard sans filtre sur la mode des jardins. Ce qui passe, ce qui reste.
Le style méditerranéen à Paris, vu par un Californien
Le style méditerranéen fonctionne à Paris comme ailleurs en France, à condition de mettre la bonne plante au bon endroit. Les plantes ont des personnalités différentes. Une haie de buis taillée peut très bien être remplacée par un myrte (Myrtus communis) ou un filaire (Phillyrea latifolia), taillés de la même façon.
Les styles sont interchangeables. C'est le caractère de la plante, la manière dont on la taille et l'ensemble de la composition qui déterminent la façon dont on perçoit un jardin. Et souvent, c'est l'entretien, ou son absence, qui façonne le plus cette sculpture vivante qu'on appelle affectueusement un jardin.
Je viens de Californie, qui est aussi un climat méditerranéen. Alors quand on me parle de méditerranéen, je ne pense pas seulement aux oliviers, qu'on voit vraiment trop. Je pense à un eucalyptus, à un acacia au feuillage bleuté comme Acacia pravissima, ou à un oranger du Mexique 'Aztec Pearl', un hybride dont l'un des parents vient d'Arizona. Le méditerranéen, c'est une famille de climats, de la Californie à l'Australie. La palette est immense.
Un jardin d'esprit méditerranéen à Saint-Cloud : yuccas, sauges arbustives et graminées au bord de la piscine
Jardin naturaliste : un jardin sans entretien ?
Un jardin naturaliste n'est pas un jardin sans entretien. Le jardin sans entretien n'existe pas : ça s'appelle la nature. Et même la nature a ses jardiniers. Les oiseaux, les insectes, les animaux, le feu, les tempêtes, et aujourd'hui les canicules qu'on connaît à Paris comme dans le reste de la France.
Certains jardins demandent moins de travail que d'autres, parce que certaines plantes sont plus exigeantes ou poussent plus vite. Mais un paysage qui paraît sauvage peut être d'une grande complexité. La prairie de Tom Stuart-Smith, chez lui à Serge Hill, conçue avec James Hitchmough, a été étudiée dans le moindre détail avant d'être semée.
Dans une plantation naturaliste, les plantes se livrent bataille. Chacune a sa stratégie pour survivre : sortir la première, pousser vite, s'étendre plus loin, sécréter des substances par ses racines, capter l'eau avant les autres. Elles veulent toutes vivre. Avec le temps, certaines prennent le dessus, et c'est la nature à son meilleur, un combat où chacune enfile les gants. Le rôle du paysagiste, c'est de connaître ses matériaux.
Le Jardin de la Paix américain, à la Ferme de Navarin : thyms, Stachys, achillées et euphorbes sur gravier. Une plantation qui paraît spontanée, mais où chaque plante a été placée.
Une fois installée, une prairie semée demande environ 10 % du temps d'entretien d'un massif de vivaces classique, selon Tom Stuart-Smith. Mais son installation reste exigeante, rappelle James Hitchmough. Moins de travail, jamais zéro. Pour aller plus loin : notre guide complet du jardin naturaliste.
Qu'est-ce qui fait un grand paysagiste ?
Un jardin bien planté n'est pas de la décoration. Une plante n'est pas une table, une chaise ou un tableau accroché au mur. C'est un être vivant, avec un rôle dans un écosystème où toutes les formes de vie sont liées.
Certaines plantes ont des racines denses, d'autres superficielles. Certaines gardent leur feuillage, d'autres le perdent en été ou en automne. La végétation a des comportements. Personne ne mettrait un éléphant dans une tasse de café. Pourtant, on plante tous les jours de grands arbres dans 30 cm de terre.
Bien sûr, un jardin a besoin d'allées, de bancs, d'endroits où s'asseoir. Il faut pouvoir s'arrêter et admirer. Mais au fond, ces pièces extérieures servent à mettre en scène des plantes choisies pour pousser ensemble et épouser le paysage.
Les paysagistes les plus influents, en Angleterre notamment, comme Dan Pearson ou Tom Stuart-Smith, sont avant tout des « plantsmen ». Ils maîtrisent le végétal comme un tissu vivant, qui joue avec le soleil, la lumière, les saisons et le vent. Quand le concepteur porte lui-même cette connaissance, la plante devient le premier matériau. Et le jardin devient les plantes.
« Personne ne mettrait un éléphant dans une tasse de café. Pourtant, on plante tous les jours de grands arbres dans 30 cm de terre. »
Terrasse à Paris : les erreurs les plus fréquentes
Je travaille en ce moment pour des clients dont le jardin a été livré il y a quelques mois par une autre entreprise. Tout est mort. La canicule a tout brûlé, l'arrosage automatique est tombé en panne. On leur avait planté d'énormes sujets, des lauriers palme, des chênes verts, des lauriers roses, des feijoas, sans aucune strate intermédiaire. Et du gazon synthétique.
Le gazon synthétique, je comprends l'idée. Mais si on veut un tapis, on achète un beau tapis. Mettre du plastique partout, c'est une catastrophe écologique, un manque de créativité et un manque de connaissance du végétal. Il existe d'autres options : un vrai jardin sur dalle, un jardin de gravier.
Ce qui me rend fou, c'est de voir toujours les mêmes plantes. Un phormium, quelques oliviers, l'oranger du Mexique classique. Quitte à planter un oranger du Mexique, prenez 'Aztec Pearl', plus fin et plus léger. Sérieusement : avec la diversité de plantes disponibles, pourquoi se limiter aux mêmes quelques espèces sur chaque terrasse ?
Et les clôtures, les brise-vues, sont rarement bien faits. Du bon bois local, de belles grimpantes sur câbles. Pas des panneaux préfabriqués qui cassent en quelques mois, ni ces treillages croisés qu'on voit encore dans les vieilles cours parisiennes.
Une terrasse sur les toits de Paris : pergola en bois brut, yucca en grand pot, jardinières en acier Corten.
« Si on veut un tapis, on achète un beau tapis. »
Découvrez notre approche de l'aménagement de terrasses et de toits à Paris.
Perméabilité du sol : le grand oublié des tendances jardin
Ce qui manque le plus dans la mode des jardins, c'est la perméabilité. Un jardin doit laisser passer l'eau, l'air et la vie. Dalles jointoyées au ciment, gazon synthétique, bâches plastique sous les graviers : on imperméabilise tout, puis on s'étonne que les plantes souffrent à la première canicule.
Un sol poreux boit l'orage, garde l'eau en profondeur et la rend aux racines en été. Joints ouverts, graviers posés sur un sol vivant, allées en stabilisé, pavés à joints plantés. Ce sont des gestes simples, et ils changent tout. La porosité, c'est aussi celle du paysage : des passages pour la faune, des transitions entre les espaces, un jardin qui respire au lieu d'être fermé sur lui-même.
Au Jardin Blanc, une petite cour parisienne, le sol était entièrement dallé. Plutôt que de tout refaire, nous avons cassé les dalles et planté les joints d'une graminée basse et persistante, adaptée à l'ombre. La pierre est restée, et la cour respire.
Des dalles posées en pas japonais, des joints plantés de thym : l'eau s'infiltre, le sol respire.
Jardin et changement climatique : une obligation, plus une tendance
Concevoir des jardins pour le changement climatique n'est pas une option, c'est une obligation. En 2015, quand notre jardin sec, le Jardin des Émergences, a été lauréat pour l'édition 2016 du Festival international des jardins de Chaumont-sur-Loire, un journaliste m'a demandé si je croyais vraiment au changement climatique. Plus de dix ans après, on commence à voir ce que la science annonçait.
Le Jardin des Émergences, Festival international des jardins de Chaumont-sur-Loire, édition 2016. Photo © Eric Sander
Certaines projections prévoyaient que les plantes de la garrigue remonteraient jusqu'à la Loire vers 2050. Les plantes migrent. Elles se déplacent vers les conditions qui leur conviennent.
Le débat sur les plantes indigènes est toujours passionnant à Paris. Nous sommes à la confluence de tant de climats et d'influences. Alexandre de Humboldt l'avait montré dès 1807 avec son Tableau physique des Andes : les familles de plantes changent avec l'altitude et le climat, partout sur la planète, selon une même logique. Tout est lié, et le paysage obéit à une logique qu'on oublie ou qu'on comprend mal. L'observation devient le meilleur outil du jardinier.
Le sud-ouest américain, de l'Arizona à la Californie où j'ai grandi, est un terrain d'apprentissage formidable. Les conditions y sont déjà extrêmes, dans un sens comme dans l'autre. Il faut se demander d'où vient une plante et ce qu'elle aime. En observant les paysages déjà exposés aux conditions qui deviennent la norme en France, on trouve des plantes et des communautés végétales qui ont déjà évolué pour y faire face. Les plantes de climat tempéré finiront par décrocher. Les paysages continentaux, méditerranéens ou désertiques doivent devenir les modèles du jardin sec et durable de demain.
La réponse existe déjà, il suffit de regarder la nature. Ian McHarg l'écrivait dans Design with Nature, et Gilles Clément le résume parfaitement : « faire le plus possible avec, le moins possible contre ».
Pour passer de l'idée à la pratique, j'ai lu les trois livres d'Olivier Filippi, pépiniériste près de l'étang de Thau et pionnier du jardin sans arrosage. Ils montrent, plante par plante, comment un jardin peut traverser l'été sans être arrosé. Pour moi, c'est la référence.
« En 2015, un journaliste m'a demandé si je croyais vraiment au changement climatique. »
Tendances jardin 2027 : sept verdicts de paysagiste
Le jardin à la française est-il mort ?
Non. J'aime la structure et les haies dans un jardin, même quand le style est sauvage. Les fondamentaux du jardin régulier ne mourront jamais. C'est comme le piano pour la musique. Ce qui change, c'est la palette : un myrte ou un filaire peut prendre la place du buis.
Le retour du dahlia
Pourquoi pas. Il faut simplement choisir des variétés peu sensibles à l'oïdium. Le dahlia a fasciné les peintres impressionnistes, Monet et Caillebotte en tête, et ce n'est pas un hasard.
Les hôtels à insectes
Oui, mais comme objets de design et comme sculptures. C'est l'occasion de créer une vraie pièce, comme les Utopies entomologiques de Raphaël Emine, des habitats en céramique pour les insectes. On peut penser aussi aux sculptures en bois brut de Vince Skelly, à des murs en pisé ou à des tas de pierres dans l'esprit d'Andy Goldsworthy.
Par quoi remplacer les haies de thuyas ?
Pas de thuya, sauf si on ne le taille jamais. Un thuya libre, oui. Sinon, j'aime beaucoup le nerprun alaterne (Rhamnus alaternus) ou le chêne vert (Quercus ilex).
Les graminées partout
J'aime les graminées, mais en ponctuation, parce qu'elles finissent par s'épuiser. Mêlées à du romarin, à des Yucca filamentosa ou à des cactus, elles sont superbes. Quand elles déclinent, les soldats au long cours restent en place. Et en attendant, elles protègent de la chaleur les petites plantes qui s'installent.
Les graminées en ponctuation, entre rochers, géraniums vivaces et plantes de structure.
La plante à suivre en 2027 : le cotonéaster
Je redécouvre en ce moment les cotonéasters, depuis que j'en ai croisé un poussé spontanément au Domaine du Rayol. Ils sont extrêmement résistants, et il en existe une multitude d'espèces. À Paris, on les voit presque toujours taillés, alors qu'ils sont magnifiques dans leur port naturel. Un vieux Cotoneaster franchetii jamais taillé, dans une composition romantique et sauvage, c'est superbe.
La star qu'on ne voit pas assez : Diascia rigescens
Pourquoi ne voit-on pas Diascia rigescens partout ? Elle fleurit pendant des semaines et peut se marier avec tant de plantes. Pour moi, c'est la grande oubliée des jardins et des terrasses parisiennes.
« Les fondamentaux du jardin à la française ne mourront jamais. C'est comme le piano pour la musique. »
Les plantes tendance 2027 citées dans l'article
| Plante | Nom scientifique | À retenir |
|---|---|---|
| Oranger du Mexique 'Aztec Pearl' | Choisya × dewitteana 'Aztec Pearl' | À préférer à l'oranger du Mexique classique |
| Myrte | Myrtus communis | Remplace le buis en haie taillée |
| Filaire à larges feuilles | Phillyrea latifolia | Remplace le buis en haie taillée |
| Nerprun alaterne | Rhamnus alaternus | Alternative au thuya |
| Chêne vert | Quercus ilex | Alternative au thuya, au bon endroit |
| Romarin | Salvia rosmarinus | Plante durable à mêler aux graminées |
| Yucca filamenteux | Yucca filamentosa | Plante durable à mêler aux graminées |
| Dahlia | Dahlia | Oui, en variétés peu sensibles à l'oïdium |
| Buis | Buxus sempervirens | Le principe reste, la plante peut changer |
| Thuya | Thuja | Seulement en port libre, jamais taillé |
| Olivier | Olea europaea | Trop vu |
| Phormium | Phormium tenax | Vu sur trop de terrasses |
Tendances jardin 2027 : questions fréquentes
Quelles sont les tendances jardin 2027 ?
Le jardin sec et résistant à la chaleur, le style méditerranéen, le jardin naturaliste, le retour du dahlia et une biodiversité plus visible. Pour David Simonson, la vraie tendance de fond est l'adaptation au climat : ce n'est plus une mode, c'est une obligation.
Quelles plantes seront à la mode en 2027 ?
Au-delà des oliviers, trop vus, David Simonson mise sur Diascia rigescens, les cotonéasters en port libre, les acacias au feuillage bleuté et l'eucalyptus. Il recommande aussi le myrte et le filaire à la place du buis, le nerprun alaterne à la place du thuya, et l'oranger du Mexique 'Aztec Pearl' plutôt que la variété classique.
Le jardin méditerranéen fonctionne-t-il à Paris ?
Oui, à condition de mettre la bonne plante au bon endroit. Le style tient moins à l'espèce qu'à la taille, à la composition et à l'entretien.
Un jardin naturaliste demande-t-il moins d'entretien ?
Un peu moins une fois installé, mais jamais zéro. Un jardin sans entretien, ça n'existe pas : ça s'appelle la nature.
Par quoi remplacer une haie de thuyas ?
Par du nerprun alaterne (Rhamnus alaternus) ou du chêne vert (Quercus ilex). Ou par un thuya qu'on laisse pousser librement, sans jamais le tailler.
Comment préparer son jardin aux canicules ?
En s'inspirant des paysages déjà exposés à la chaleur et à la sécheresse, méditerranéens, continentaux ou désertiques. En choisissant des plantes adaptées à leur emplacement, en prévoyant des strates de végétation, et en évitant les très gros sujets plantés seuls ou en pot trop petit.
David Simonson, paysagiste à Paris
David Simonson est architecte paysagiste, fondateur de Simonson Landscape, studio de conception de jardins installé quai de Valmy à Paris. Formé à Cal Poly San Luis Obispo en Californie puis à l'École nationale supérieure de paysage de Versailles, où il enseigne aujourd'hui, il conçoit des jardins secs, écologiques et artistiques en France et à l'international. Son Jardin des Émergences, au Festival international des jardins de Chaumont-sur-Loire en 2016, a reçu le prix du Design, le prix du Public et le prix de la Palette Végétale. Il a aussi remporté le prix du Public au Festival des jardins de la Côte d'Azur, à la Villa Rothschild, et réalisé le Jardin de la Paix américain sur le site de la Ferme de Navarin.
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